{"id":1208,"date":"2024-06-27T09:21:51","date_gmt":"2024-06-27T09:21:51","guid":{"rendered":"https:\/\/www.economic-instability.com\/?p=1208"},"modified":"2024-06-27T09:21:51","modified_gmt":"2024-06-27T09:21:51","slug":"comment-tout-a-commence-ragnar-frisch-et-la-creation-de-la-societe-deconometrie-1-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.economic-instability.com\/?p=1208","title":{"rendered":"Comment tout a commenc\u00e9: Ragnar Frisch et la cr\u00e9ation de la Soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;Econom\u00e9trie (1\/3)"},"content":{"rendered":"<div class=\"mceTemp\">&nbsp;<\/div>\n<figure id=\"attachment_1273\" aria-describedby=\"caption-attachment-1273\" style=\"width: 426px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1273\" src=\"https:\/\/www.economic-instability.com\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/tumblr_m1a6mfxjxi1r9j6pro1_500-1-300x224.jpg\" alt=\"\" width=\"426\" height=\"318\" srcset=\"https:\/\/www.economic-instability.com\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/tumblr_m1a6mfxjxi1r9j6pro1_500-1-300x224.jpg 300w, https:\/\/www.economic-instability.com\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/tumblr_m1a6mfxjxi1r9j6pro1_500-1.jpg 500w\" sizes=\"(max-width: 426px) 100vw, 426px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1273\" class=\"wp-caption-text\">Dans Network of Stoppages (1914), Marcel Duchamp &#8220;maps the world without picturing it&#8221;. Voir le <a href=\"https:\/\/www.moma.org\/collection\/works\/79600\">site<\/a> du MoMa pour plus d&#8217;explications<\/figcaption><\/figure>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9conomie est aujourd&#8217;hui une science quantitative et math\u00e9matique, nul ne peut le contester. M\u00eame si certains le regrettent, le fait est que 95% des \u00e9conomistes actuels r\u00e9alisent des \u00e9tudes quantitatives. Seulement une fraction de ces travaux se mat\u00e9rialise par une publication dans la prestigieuse revue <em>Econometrica<\/em>, \u00e9dit\u00e9e par la Soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;Econom\u00e9trie (SE). Toutefois, cet &#8220;imp\u00e9rialisme&#8221; math\u00e9matique n&#8217;a pas toujours exist\u00e9. Tout a v\u00e9ritablement bascul\u00e9 en d\u00e9cembre 1930 \u00e0 Cleveland avec la fondation de cette soci\u00e9t\u00e9 scientifique. Un \u00e9conomiste, en collaboration avec les \u00e9conomistes am\u00e9ricains Irving Fisher et Charles Roos (\u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l&#8217;\u00e9conomie math\u00e9matiques \u00e9tait encore peu d\u00e9velopp\u00e9e aux Etats-Unis), semble avoir jou\u00e9 un r\u00f4le particuli\u00e8rement important: le norv\u00e9gien Ragnar Frisch (voir le <a href=\"https:\/\/www.econometricsociety.org\/\">site<\/a> de la SE).<\/p>\n<p>Moins connu que Fisher, et moins encore que l&#8217;\u00e9conomiste britannique John Maynard Keynes ou l&#8217;\u00e9conomiste autrichien Joseph Schumpeter, tous deux futurs pr\u00e9sidents de la SE, c&#8217;est pourtant Frisch qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cisif. Comment ce jeune \u00e9conomiste norv\u00e9gien a-t-il pu devenir un acteur majeur de l&#8217;\u00e9volution de la science \u00e9conomique ?<\/p>\n<p>Ce n&#8217;est pas un hasard si les historiens de la pens\u00e9e \u00e9conomique (Bjerkholt 2014, Bjerkholt 2017, Louca 2007) lui accordent une place centrale.<\/p>\n<p>Frisch choisit d&#8217;\u00e9tudier l&#8217;\u00e9conomie \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 d&#8217;Oslo, moyen le plus rapide \u00e0 l&#8217;\u00e9poque de d\u00e9crocher un dipl\u00f4me universitaire (Frisch, 1970 dans Louca, 2007: 11) avant de reprendre l&#8217;entreprise familiale d&#8217;orf\u00e8vrerie qu&#8217;il dirige quelques ann\u00e9es avant de d\u00e9cider de partir en France au d\u00e9but des ann\u00e9es 1920 pour \u00e9tudier les math\u00e9matiques et s&#8217;engager plus \u00e0 fond dans l&#8217;analyse \u00e9conomique. Il y restera jusqu&#8217;en 1928 avant de se rendre aux \u00c9tats-Unis puis de revenir \u00e0 Oslo, o\u00f9 il devient en 1931 le fondateur de l&#8217;Institut norv\u00e9gien d&#8217;Economie. Frisch est connu pour avoir forg\u00e9 les termes &#8220;macrodynamique&#8221; et &#8220;microdynamique&#8221;. Il est \u00e9galement responsable de la popularisation du terme &#8220;\u00e9conom\u00e9trie&#8221; (Lou\u00e7a, 2007: 10). Dans son article &#8220;Sur un probl\u00e8me d&#8217;\u00e9conomie pure&#8221;, il \u00e9crit : &#8220;L&#8217;\u00e9conom\u00e9trie a pour but de soumettre les lois abstraites de l&#8217;\u00e9conomie politique th\u00e9orique ou &#8216;pure&#8217; \u00e0 une v\u00e9rification exp\u00e9rimentale et num\u00e9rique, et ainsi de transformer l&#8217;\u00e9conomie pure, dans la mesure du possible, en une science au sens strict du terme&#8221; (Frisch, 1926 cit\u00e9 dans Louca, 2007: 10).<\/p>\n<p>Les motivations de Frisch \u00e9taient multiples. Son objectif principal \u00e9tait de poursuivre les travaux d&#8217;\u00e9conomistes math\u00e9maticiens comme Augustin Cournot, Stanley Jevons, L\u00e9on Walras, Fisher et Vilfredo Pareto, ce qui n&#8217;\u00e9tait possible qu&#8217;\u00e0 condition de r\u00e9unir les math\u00e9maticiens \u00e9conomistes au sein d&#8217;une m\u00eame soci\u00e9t\u00e9 mais surtout de trouver le moyen d&#8217;unifier les math\u00e9matiques, les statistiques et la th\u00e9orie \u00e9conomique. Cela signifiait &#8220;envisager une analyse math\u00e9matique g\u00e9n\u00e9rale des ph\u00e9nom\u00e8nes statistiques&#8221; (Louca 2007: 10, cit\u00e9 dans Andvig, 1981 : 703) et impliquait de d\u00e9velopper de nouvelles m\u00e9thodes susceptibles d&#8217;embrasser les ph\u00e9nom\u00e8nes dynamiques et de les articuler aux statistiques \u00e9conomiques (g\u00e9n\u00e9rant ainsi des estimations num\u00e9riques). (Louca 2007: 10, cit\u00e9 dans Andvig, 1981 : 703).<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1920, l&#8217;Europe est le centre de la pens\u00e9e \u00e9conomique math\u00e9matique. Il n&#8217;est donc pas surprenant que Frisch se soit tourn\u00e9 vers l&#8217;ing\u00e9nieur-\u00e9conomiste fran\u00e7ais Fran\u00e7ois Divisia en 1926 pour discuter de l&#8217;\u00e9tablissement d&#8217;un &#8220;cercle restreint&#8221; d&#8217;\u00e9conomistes qui pourraient exposer leurs travaux dans leur propre revue (Bjerkholt, 2017: 180). Frisch partage ensuite son projet avec des \u00e9conomistes math\u00e9matiques renomm\u00e9s de toute l&#8217;Europe : les Russes Ladislaus von Bortkiewicz et Eugen E. Slutsky, le Britannique Arthur L. Bowley, le statisticien hongrois Karoly (Charles) Jordan et Schumpeter (Louca, 2007: 11). C&#8217;est d&#8217;ailleurs ce dernier qui lui conseille vivement de se rendre aux \u00c9tats-Unis, car une association europ\u00e9enne a d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment besoin de &#8220;sang et d&#8217;argent am\u00e9ricains pour r\u00e9ussir et excercer une influence mondiale&#8221; (voir la biographie de Fisher par Allen, cit\u00e9 dans Bjerkholt, 2017: 178). En quelques ann\u00e9es, Frisch se retrouve ainsi au centre d&#8217;un r\u00e9seau europ\u00e9en d&#8217;\u00e9conomistes math\u00e9maticiens.<\/p>\n<p>En 1928, Frisch traverse l&#8217;Atlantique et se rend aux \u00c9tats-Unis, o\u00f9 il entame une tourn\u00e9e des universit\u00e9s et des institutions \u00e0 la recherche de chercheurs int\u00e9ress\u00e9s par l&#8217;\u00e9conom\u00e9trie, sans en trouver beaucoup \u00e0 son grand regret. A cette \u00e9poque, peu d&#8217;\u00e9conomistes am\u00e9ricains pratiquent l&#8217;\u00e9conomie math\u00e9matique (Bjerkholt 2017, 178), \u00e0 l&#8217;exception d&#8217;une poign\u00e9e d&#8217;entre eux comme Charles F. Roos de Cornell et de Fisher de Yale dont il obtient le soutien (Bjerkholt 2017: 178).<\/p>\n<p>Fisher \u00e9tait cependant pessimiste quant \u00e0 la possibilit\u00e9 de cr\u00e9er une nouvelle soci\u00e9t\u00e9. Il avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 au rejet de l&#8217;\u00e9conomie math\u00e9matique par ses pairs, ayant \u00e9chou\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er une soci\u00e9t\u00e9 math\u00e9matique d&#8217;\u00e9conomistes au d\u00e9but des ann\u00e9es 1910 (Christ, 2010, 2) en raison du succ\u00e8s d&#8217;autres courants. A cette \u00e9poque, les institutionnalistes et un \u00e9conomiste comme Thorstein Veblen dominent largement le champ (Rutherford, 2001: 1). Ces \u00e9conomistes n&#8217;\u00e9taient pas hostiles aux m\u00e9thodes quantitatives mais \u00e9taient davantage soucieux d&#8217;\u00e9tablir des liens avec des sociologues plut\u00f4t qu&#8217;avec les \u00e9conomistes math\u00e9maticiens. Cette opposition entre institutionnaliste et \u00e9conom\u00e9tricien n&#8217;est cependant pas absolue, les \u00e9conomistes institutionnalistes du National Bureau of Economic Research (NBER) comme Wesley Clair Mitchell, Mordecai Ezekiel, John Maurice Clark ayant accept\u00e9 de rejoindre la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>L&#8217;American Economic Association (AEA), contr\u00f4l\u00e9e par les institutionnalistes, ne s&#8217;est finalement pas r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u00eatre un obstacle \u00e0 la cr\u00e9ation d&#8217;une nouvelle association. Fond\u00e9e en 1885 par des \u00e9conomistes am\u00e9ricains influenc\u00e9s par et form\u00e9s \u00e0 l&#8217;\u00e9cole historique allemande, l&#8217;AEA et son journal<em> l&#8217;American Economic Review<\/em> (AER) entendaient toucher un public relativement large (\u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les \u00e9diteurs s&#8217;en pr\u00e9occupaient encore). Ainsi, les articles trop techniques ou math\u00e9matiques trouvaient rarement leur place dans l&#8217;AER (Rutherford, 2001: 5) comme c&#8217;\u00e9tait le cas dans d&#8217;autres journaux am\u00e9ricains (voir <a href=\"https:\/\/www.hetwebsite.net\/het\/schools\/aea.htm\">site<\/a> HET). Selon G\u00e9rard Debreu, un des plus grands math\u00e9maticiens \u00e9conomistes de l&#8217;apr\u00e8s guerre, le volume de 1933 de l&#8217;AER &#8220;contenait exactement quatre pages o\u00f9 apparaissait un symbole math\u00e9matique, et deux d&#8217;entre elles \u00e9taient dans la section des comptes rendus de livres&#8221; (Debreu, 1991). La nature ayant horreur du vide, les conditions \u00e9taient finalement r\u00e9unies pour cr\u00e9er un nouveau journal (Econometrica voit le jour en 1933).<\/p>\n<p>Profitant du leadership, de l&#8217;exp\u00e9rience, du prestige (quelque peu \u00e9corn\u00e9 apr\u00e8s le krach de 1929) de Fisher et de ses contacts avec les \u00e9conomistes am\u00e9ricains, ainsi que des r\u00e9seaux financiers de Ross, Frisch fait un premier pas vers la cr\u00e9ation de la SE, dont les statuts sont d\u00e9pos\u00e9s quelques mois plus tard en d\u00e9cembre 1930.&nbsp;<\/p>\n<p>Dans un deuxi\u00e8me post, nous revenons sur la strat\u00e9gie adopt\u00e9e par Frisch pour aboutir \u00e0 ses fins.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><strong>References&nbsp;<\/strong><\/h3>\n<p>Andvig, J. (1981), \u2018Ragnar Frisch and Business Cycle Research during the Interwar<br \/>\nPeriod\u2019, History of Political Economy 13(4): 695\u2013725<\/p>\n<div>\n<p>Bjerkholt, Olav.&nbsp;<i>Econometric sociey 1930: How it got founded<\/i>. No. 26\/2014. Memorandum, 2014.<\/p>\n<p>Bjerkholt, Olav. &#8220;On the founding of the Econometric Society.&#8221;&nbsp;_Journal of the History of Economic Thought_&nbsp;39.2 (2017): 175-198.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>Christ, Carl F. &#8220;The founding of the Econometric Society and Econometrica.&#8221;&nbsp;_Econometrica: Journal of the Econometric Society_&nbsp;(1983): 3-6.<\/p>\n<p>Debreu, Gerard. &#8220;Mathematical economics at Cowles.&#8221;&nbsp;<i>Abstracted from the Cowles fiftieth anniversary volume<\/i>&nbsp;(1983).<\/p>\n<p>Frisch, Ragnar. [1926] 1971. \u201cOn a Problem in Pure Economics.\u201d In John S. Chipman, Leonid Hurwic<\/p>\n<p>(1970d), \u2018Ragnar Anton Kittil Frisch\u2019, in Les Prix Nobel en 1969, 1970, the Nobel<br \/>\nFoundation, pp. 211\u201312.<\/p>\n<p>Lou\u00e7\u00e3, Francisco.&nbsp;_The years of high econometrics: A short history of the generation that reinvented economics_. Routledge, 1998.<\/p>\n<p>Schumpeter, Joseph A. 1954. History of Economic Analysis. London: Allen &amp; Unwin.<\/p>\n<p>Rutherford, Malcolm. &#8220;Institutional economics: then and now.&#8221;&nbsp;<i>Journal of economic perspectives<\/i>&nbsp;15.3 (2001): 173-194.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &nbsp; L&#8217;\u00e9conomie est aujourd&#8217;hui une science quantitative et math\u00e9matique, nul ne peut le contester. 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